ZHAN ZHUANG GONG :
LES POSTURES D'ENRACINEMENT


Le travail des postures est d'abord destiné à entraîner le corps, dans le but de le renforcer. Mais l'homme existe à la fois par son physique et son mental. Lorsqu'on pratique une posture, on se concentre sur une image mentale et cette image mentale amène la décontraction.
A son tour, la décontraction de l'ensemble du corps entraîne la libre circulation de l'énergie et du souffle vital (le Qi)à l'intérieur des méridiens. Tout le corps en bénéficie, et se trouve ainsi tonifié et renforcé.
Décontraction et renforcement énergétique sont synonymes d'homogénéité du corps, bien sûr, mais aussi d'élasticité (pas seulement dans le sens de la souplesse mais plutôt dans une participation du corps au mouvement). Comme nous pratiquons ces postures en position légèrement fléchie, nous faisons participer les articulations et les muscles.
Au-delà, le travail le plus important, c'est le travail du Yi , de la pensée, de l'intention. Le Yi se concentre "physiquement" parlant sur la région du cerveau. Concrètement, par la concentration sur une image mentale (exemple : l'image de tenir un ballon de baudruche ni trop fort, pour ne pas qu'il éclate, ni trop faiblement pour ne pas qu'il tombe), on amène les aires du cerveau à travailler sur un plan d'équilibre. Cet équilibre induit un relâchement mental et un "lâcher-prise".
La tonicité des muscles et des tendons s'en trouve affectée positivement et le corps entier se trouve prêt à l'action.
Dans cet état de veille, lorsqu'il y a excitation extérieure, l'information circule beaucoup plus vite en direction du cerveau. Et comme l'information en sens inverse est aussi rapide, la vitesse de réaction, l'agilité et la puissance s'en trouvent décuplées.


Une posture de Zhan Zhuang Gong

DES POSTURES SPÉCIFIQUES POUR AUGMENTER LE DYNAMISME :

Avec le travail sur un premier groupe de postures, on renforce le pouvoir de concentration ainsi que la forme physique : les muscles et les tendons sont renforcés sur le plan énergétique et une perception sensorielle de l'espace et de nous-mêmes s'établit, qui permet de devenir plus réceptif.
Avec le deuxième groupe de postures, on aborde un aspect plus dynamique.
Une fois que le corps a été préparé et que la concentration a été assimilée, on rajoute le travail de la compréhension de l'emplacement de l'homme dans l'espace et dans le temps...
Cela signifie, en clair, qu'à chaque fois que l'on prend une posture, on travaille vers les six directions de base où l'homme peut se déplacer dans l'espace (devant, derrière, en haut, en bas, vers la droite et vers la gauche, plus les deux "directions" complémentaires comme pivoter sur la droite et sur la gauche).
Ainsi, on travaille l'espace, par l'intermédiaire des directions largeur, hauteur, longueur) et ses subdivisions (en haut, en bas, etc...) ainsi que la perception du temps. Ce faisant, on englobe l'homme dans sa totalité et non seulement les muscles et les os, en lui redonnant sa vraie place au sein de l'univers !
Ici, nous évoluons dans une sphère spirituelle, certes, mais aussi physique car avec ce genre de postures, il est possible de développer la perception de ses articulations, qui jouent le rôle de leviers. On développe la perception de l'état de contraction et de décontraction musculaire, ce qui pourra déboucher éventuellement sur une action, sur un événement futur.
Et l'on travaille énormément l'élargissement du champ sensoriel, par exemple par l'intermédiaire de l'oeil : l'oeil regarde devant lui, voit tout mais ne fixe rien.
Il reste centré.
L'oreille, de la même manière, entend tout sans rien fixer non plus.
Elle reste centrée sur quelque chose tout en se baladant à la périphérie. Il en va ainsi pour tous les sens...donc, l'élargissement du champ sensoriel permet de capter les informations de l'environnement.
Rapporté à l'art martial, cela signifie être en mesure d'analyser immédiatement l'état dans lequel se trouve la personne en face de vous... Sa façon de respirer, son comportement (nerveux, calme) et ainsi de suite. Pour résumer, ces informations sensorielles sont puisées autour de soi, sont transmises au cerveau et à partir de là, ce dernier les traite pour réagir avec rapidité, puisque la décontraction évite le temps de réaction !

FAIRE LE VIDE :

Pour arriver à créer cet état de pensée "non-parasitée" ou de vide, on prend au départ l'image mentale comme d'avoir ses bras enroulés autour d'un arbre, par exemple. Cette image permet à la personne de devenir peu à peu en quelque sorte "comme un arbre"...
C'est à dire que le centre de gravité s'abaisse, une chaîne articulaire fermée se crée, passant par le positionnement correct du bassin, des genoux, des chevilles, de la colonne vertébrale, des épaules, des coudes et des poignets.
Par la suite, cette image mentale permet à la personne de mieux se centrer et d'apprendre à bouger son corps en coordonnant l'ensemble de tous les membres. Une fois que le corps a pris cette habitude, alors l'image mentale disparaît d'elle-même.
La posture avec image mentale permet à la personne de prendre ses repères, dans l'espace et par rapport à elle-même.



Les étapes suivantes consistent en des mouvements effectués lentement, qui mettent cette force en branle. Comme si l'on cherchait précisément à dérouler un fil de soie. Ce qui nous permet de corriger le mouvement tout en assurant au souffle vital la bonne circulation dans les méridiens, à la vitesse de la circulation sanguine. Mais une fois le corps renforcé en énergie, le mouvement pourra devenir plus rapide, bien entendu ! Par la suite, ce mouvement peut devenir explosif, exploitant à son profit les armes naturelles du corps humain.

LA FORCE VIVANTE : L'ÉNERGIE INTERNE

La pratique du QI GONG développe la "force vivante" également appelée "force instinctive". Cette force est différente de la force dite "brute" que chaque personne possède naturellement. Il s'agit de la force créée par la participation du corps entier au mouvement. La respiration reste naturelle et se règle comme celle d'un bûcheron qui coupe le bois, ou celle qu'on utilise en s'alimentant.
Chaque personne, selon ses propres données morphologiques et mentales, développe sa force instinctive. On peut alors parler d'un Art de Santé, parce que comme tous les artistes (peintres, musiciens, etc...) on crée seul quelque chose qu'on utilise soit pour renforcer la santé, soit pour développer des aptitudes physiques.
Cette force instinctive créée par la participation de tout le corps en mouvement et guidée par la pensée, est la fameuse énergie interne tant décrite par les anciens maîtres.
Elle est différente de la force dure ou Ying Qi Gong, c'est-à-dire la force utilisable lors des démonstrations, par exemple : briser des ampoules sans se couper, se coucher sur des clous et se faire casser du granit sur le ventre, plier des barres de fer avec la gorge et les différentes casses d'objets.
Cette différence provient du fait que, contrairement à la force dure, la force vivante est disponible à n'importe quel moment sans concentration au préalable, et peut être utilisée sans grand effort apparent.


LA FORCE VIVANTE NAÎT DE LA DÉCONTRACTION :

Les principes "d'adhérer, coller, relier et suivre", ainsi que les déplacements, ne peuvent être bien appliqués sans une totale décontraction. La décontraction développe la sensibilité et la capacité de réaction du corps. Le corps se décontracte par une concentration correcte. C'est une partie du travail des postures d'enracinement, qui sont animées par des pensées (images mentales ou méditation) correspondantes. La détente qui envahit le système nerveux central amène une souplesse des articulations et des muscles.
La décontraction génère alors agilité et vitesse.
C'est ainsi que la force vivante est créée. C'est une force à la fois légère et compacte. Elle est semblable à un tuyau de caoutchouc d'où l'eau s'écoule. Il n'est ni raide, ni mou. Il est vivant, élastique. La création de cette force rend le toucher de l'épiderme plus réceptif et la transformation de la force de l'adversaire se fait plus facilement.
C'est ce travail qui permet d'appliquer la force explosive à toutes les techniques de combat, décuplant ainsi leur efficacité.

LA FORCE EXPLOSIVE :

La détente fait fondre la force raide et fait circuler ce qui confère à notre corps la vraie force, le "Qi". Ce qu'on nomme aussi "force vivante". Cette force fait participer l'ensemble du corps dans le mouvement. Pendant le Zhan Zhuang, on paraît immobile, mais dans notre intérieur tout bouge ! Le corps bouge de façon ininterrompue. La souplesse, la flexibilité et l'agilité sont le résultat de la détente. Cette énergie nouvelle créée une souplesse extérieure qui, au moment choisi, peut se changer en une dureté extrême. Le haut du corps devient léger, le bas devient lourd. La respiration se régule. L'agilité et les déplacements sont faciles. Enfin, l'émission de la force explosive est possible!


L'UNION DU CORPS ET DE L'ESPRIT :

Les exercices de Zhan Zhuang apportent l'unité entre les trois composantes : esprit (par la concentration), lieu (par la posture) et l' "action" par le mouvement, malgré l'apparence de l'immobilité, telle une toupie ou bien une roue qui tournant très vite, paraissent, à l' oeil, immobiles.

Les directions de base sont au nombre de six. En haut, en bas, devant, derrrière, à droite, à gauche auxquelles s'ajoutent la force en spirale. La répétition de cette contraction musculaire a pour résultat un réflexe conditionné qui ne concerne pas seulement le geste, mais implique la participation de tout le corps à travers celui-ci.
Le geste devient alors l'expression naturelle de cette entière mobilisation.